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Le wax, un tissu colonial ?

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Star des défilés de mode, intemporel des garde-robes, élément tendance en décoration d’intérieur, le wax est partout. Présent sur le continent africain, depuis des décennies, le wax, ce textile de coton aux motifs colorés, fait partie intégrante de la société africaine si bien qu’il est considéré comme l’emblème du Continent Noir. Pourtant, contrairement aux croyances populaires, l’histoire du wax ne commence pas en Afrique.

A l’origine, le wax s’inspire du batik indonésien qui est une technique artisanale de décoration de tissus à base de réserves à la cire.

Au milieu du 19e siècle, les anglais et surtout les hollandais copient les tissus produits à Java et les renomment “wax” (cire, en anglais) Ils industrialisent ces tissus et les exportent sur le marché indonésien.

Les ventes ne décollant pas, Vlisco, une firme hollandaise modernisent les tissus en s’inspirant des motifs africains et la technique javanaise. Sentant la bonne opportunité, Vlisco mise sur le marché africain pour vendre ses tissus.

Importés, pour la première fois, au Ghana, le succès est immédiat. Mais, au départ, le wax est un produit de luxe que seule une frange de la population peut s’offrir. Puis, il est popularisé, dans les années 1950 par des revendeuses togolaises surnommées les “nana benz”. L’Afrique entière se l’approprie et le wax devient un symbole panafricain et un art de vivre de la culture africaine.

Un outil social et politique

Plus qu’un simple tissu, le wax est un véritable miroir social. Chaque motif ou teinte véhicule un message qui varie selon les pays.

En Côte d’Ivoire, le tissu appelé “feuille de Gombo” signifie que la femme qui le porte a beaucoup épargné pour se l’offrir. Elle est considérée comme quelqu’un de sage qui acquiert quelque chose par l’effort.

Le wax “mon mari est capable”, lui, symbolise l’affection et la valeur qu’un mari porte à sa femme. L’homme qui offre à la femme est capable, c’est à dire qu’il a les moyens. On dit aussi que la femme qui porte ce pagne aura beaucoup d’enfants.

Certains motifs agissent même comme de véritables armes politiques.

Le tissu “le balai de Gueï” fait référence au coup d’état de 1999, en Côte d’Ivoire. “Les larmes de Sankara” est un wax qui a été réalisé peu de temps après la mort de Thomas Sankara, ancien président Burkinabé, assassiné. Quant aux “pas de Mandela”, il a été créé au moment de la libération du leader sud-africain, Nelson Mandela.

La toute puissance du wax

Après presque 175 années d’existence, Vlisco, la firme hollandaise domine toujours aussi vigoureusement l’industrie du wax. Chaque année, elle produit environ 64 millions de mètres et les écoule à 90% en Afrique, générant un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros, en 2014.

Même si, dès les années 60, plusieurs pays africains (Ghana, Sénégal, Côte d’Ivoire, Nigéria) créent leurs propres usines et récemment la Chine, nouveau venu sur le marché du wax, Vlisco le redoutable “père du wax” n’a franchement pas de concurrence en termes de qualité et d’authenticité du tissu.

Interrogé sur la prédominance du wax dans l’univers de la mode, le styliste camerounais Imane Ayissi affirme: “il y a le kente mais aussi le batik, le bogan malien, l’ewe ou ashanti au Ghana, le kita en Côte d’Ivoire, le faso dan fani, le ndop bamiléké au Cameroun… Tous ces tissus sont en voie de disparition car les créateurs ne font pas leur travail. On les connaît très peu car tout le monde utilise le wax. Je trouve cela scandaleux. Si on disait que la dentelle de Calais était d’origine camerounaise, je crois que ça énerverait un peu. C’est une question d’identité et de reconnaissance … Le wax n’a jamais été africain, c’est un tissu qui nous a été imposé pendant la colonisation.”

Même son de cloche pour Nelly Wandji, camerounaise et dénicheuse de marques africaines qui a lancé, en 2014, Moonlook, une plateforme qui accompagne, promeut et commercialise dans le monde entier des créations africaines. Elle déclare: “c’est dommage qu’un tissu d’importation fasse autant d’ombre à d’autres qui sont réellement africains”.

Le wax, un tissu hybride

Le wax est un tissu dont l’identité est multiple. Pas tout à fait africain mais pas non plus complètement indonésien, anglais ni hollandais, le wax se distingue par son hybridité.

En 2017, la styliste londonienne Stelle McCartney était accusée de’appropriation culturelle lorsqu’elle utilisa des tissus wax pour son défilé à la Fashion Week, à Paris.

Pour l’historienne de l’art Anne-Marie Bouttiaux, “ce qui rend ce tissu absolument fascinant est son hybridité, le fait qu’il défie toute possibilité de se voir assigner une identité fixe, pure. Bien plus que le concept d’identité, (…) avec le wax, on se trouve face au même entrelacs d’identification multiple selon l’endroit où il est porté et selon le contexte qui le met en scène.”

Enfin, qu’il soit décrié ou apprécié, le wax est un tissu historique qui se place à la rencontre des cultures.

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